« C’est quoi un amoureux ? » : Cette seconde d’hésitation avant de chercher les mots justes

« C’est quoi un amoureux ? » : Cette seconde d’hésitation avant de chercher les mots justes

C’était un mardi soir, l’un de ces soirs où l’on compte les minutes avant le brossage des dents. On rangeait ensemble quelques briques de Lego qui traînaient sous la table basse. Et là, sans prévenir, entre deux bruits de plastique qui s’entrechoquent, la question est tombée :

« Dis, c’est quoi un amoureux, en vrai ? »

Sur le coup, il y a eu ce petit blanc. Cette seconde de flottement où le cerveau cherche frénétiquement une définition dans le dictionnaire interne, pour finalement n’y trouver que des clichés ou des concepts trop abstraits. On s'attendait à devoir expliquer d'où viennent les bébés ou pourquoi le ciel est bleu, mais définir l'amour à un enfant de cinq ou six ans, c'est une autre paire de manches.

Ce qu’on croit savoir (et pourquoi c’est plus nuancé)

Souvent, notre premier réflexe est de vouloir donner une réponse « propre ». On pense aux contes de fées, au prince qui embrasse la princesse, ou alors on se lance dans une explication biologique sur le cœur qui bat vite. On a cette image d’Épinal de l’amoureux qui offre des fleurs et qui sourit tout le temps.

Pourtant, on sent bien que cette version-là est incomplète, voire un peu artificielle. On sait, nous, que l’amour c’est aussi celui qui finit les restes du plat qu'on n'aime pas, celui qui nous tend un mouchoir quand on est enrhumé, ou même celui avec qui on se chamaille pour savoir qui a oublié de sortir la poubelle.

On a peur de casser la magie si on est trop terre-à-terre, mais on a aussi peur de mentir en peignant un tableau trop rose. On hésite parce qu’on réalise que notre propre définition de l’amour a changé avec les années, les épreuves et la fatigue du quotidien. Comment transmettre quelque chose d'aussi mouvant ?

Ce que ça veut vraiment dire

Quand un enfant pose cette question, il ne cherche généralement pas une conférence sur l'attachement émotionnel. Il essaie de mettre un mot sur ce qu'il observe autour de lui : les mains qui se frôlent, les regards complices, mais aussi les absences ou les silences.

Être amoureux, pour eux, c’est peut-être simplement le stade ultime de l’amitié. C’est cette personne « préférée entre toutes » avec qui on a envie de tout partager, même les moments où on ne fait rien. C’est une forme de sécurité émotionnelle où l’on peut être soi-même, sans masque.

Au fond, cette question est une invitation à regarder comment nous habitons nos propres relations. L'enfant ne demande pas une vérité universelle, il demande notre vérité à nous, celle qu'il respire chaque jour à la maison. Il cherche à comprendre pourquoi ce lien-là semble différent des autres.

Comment y réfléchir (plutôt que quoi répondre)

On peut commencer par se demander ce qu'on a envie qu'il retienne, non pas de l'amour en général, mais de la bienveillance.

Plutôt que de chercher la phrase parfaite, on peut peut-être regarder les petits gestes du quotidien qui font « amoureux » chez nous. Est-ce que c'est le café préparé à l'avance ? Est-ce que c'est le fait de se pardonner après une dispute ? En identifiant ces micro-moments, on trouve souvent des mots beaucoup plus simples et plus justes que n'importe quelle grande théorie.

Chez Alba Time, on voit souvent passer des histoires où les personnages s'aiment. Parfois, ce sont des parents, parfois des amis, parfois des créatures fantastiques. Ce qui frappe, c'est que pour un enfant, l'amour se définit souvent par l'action : faire ensemble, protéger, s'écouter.

On peut aussi retourner la question : « Et pour toi, c'est quoi ? ». On est souvent surpris de voir que pour eux, un amoureux, c'est quelqu'un qui nous aide à porter notre sac ou qui nous laisse la dernière part de gâteau. Leur vision est souvent plus concrète et, d'une certaine manière, plus pure que la nôtre.

Finalement, cette seconde d'hésitation n'est pas un signe d'échec. C'est le signe qu'on prend la question au sérieux. On n'a pas besoin d'être un poète ou un psychologue. Parfois, dire simplement « C'est quelqu'un avec qui on se sent vraiment chez soi, même quand on n'est pas à la maison », c'est déjà une très jolie réponse.

On ne leur donne pas une carte routière de l'amour, on leur montre juste qu'on est, nous aussi, encore en train d'apprendre à voyager.