Le vertige de la page blanche (et pourquoi on a réduit la liste des thèmes)

Le vertige de la page blanche (et pourquoi on a réduit la liste des thèmes)

Il est 20h12. L’ambiance dans la chambre est ce mélange familier de fatigue et de douceur. On est assis sur le bord du lit, les yeux un peu lourds, et on se dit que c’est le moment parfait pour une histoire. On ouvre l’application, prêt à lancer une aventure, et là, c’est le blocage.

On se retrouve devant une liste infinie de thèmes : l'espace, la ferme, les dinosaures, les chevaliers, les pirates, la forêt magique, les fonds marins... On regarde son enfant, qui hésite tout autant. « Tu veux quoi ? » « Je sais pas... les dragons ? Ou les voitures ? »

Ce moment, on l’a tous vécu. Ce qui devait être un instant de connexion devient une petite négociation de cinq minutes pour choisir un décor. On finit par choisir un truc au hasard, un peu par dépit, parce qu’il faut bien commencer.

La question du « trop »

En discutant avec les familles qui utilisent Alba Time, on a remarqué une chose curieuse. On pensait qu’offrir une liberté totale — la possibilité de créer absolument tout ce qui passe par la tête — était le cadeau ultime. On s'imaginait que plus il y avait d'options, plus l'histoire serait riche.

Mais la réalité du quotidien est plus nuancée. Quand on rentre du travail, qu'on a géré les devoirs, le bain et le dîner, notre cerveau n'a pas forcément envie de naviguer dans un catalogue de 150 options. Trop de choix tue le choix, disent les psychologues. Chez nous, on a surtout vu que trop de choix tuait la spontanéité.

On s'est demandé : est-ce qu'on aide vraiment l'imaginaire de l'enfant en lui proposant un menu de restaurant de 12 pages ? Ou est-ce qu'au contraire, on n'est pas en train de transformer un moment créatif en une tâche administrative de plus ?

Pourquoi nous avons choisi de limiter

C’est pour cette raison qu’on a pris une décision qui peut paraître contre-intuitive pour une application technologique : on a réduit le nombre de thèmes de base. On a resserré les boulons.

On n'a pas fait ça pour restreindre l'imagination, mais pour lui donner un tuteur. L’imaginaire des enfants (et le nôtre) fonctionne souvent mieux quand il a un point d'appui solide. C’est le principe de la boîte de briques : si vous avez toutes les pièces du monde, vous ne savez pas quoi construire. Si vous en avez cinquante, vous devenez soudainement très inventif pour faire tenir votre château.

En proposant des thèmes plus larges, plus évocateurs et moins nombreux, on permet à l’esprit de se poser plus vite. On évite ce temps de latence où l'on défile sur l'écran au lieu de se regarder dans les yeux.

Ce que ça change au moment du coucher

L’impact est discret, mais il est là. En limitant les thèmes, on a remarqué que la personnalisation se déplaçait ailleurs. Au lieu de passer du temps à choisir le « décor », on passe du temps à choisir les détails qui comptent vraiment : le nom du doudou qui accompagne le héros, ou cette petite bêtise que l'enfant a faite dans la journée et qu'il aimerait voir transformée en aventure.

L'application redevient ce qu'elle doit être : un déclencheur, pas une fin en soi. Une fois le thème (simple) choisi, l'histoire démarre et c'est là que la magie opère. Le cadre est posé, on peut enfin se détendre.

Au fond, Alba Time n'est pas là pour remplacer les histoires qu'on invente, mais pour nous donner le coup de pouce nécessaire les soirs où on a la flemme, où on est fatigué, ou simplement quand on a envie de se laisser porter. Et souvent, pour bien se laisser porter, il faut que le point de départ soit clair, simple et sans fioritures.

On apprend, nous aussi, à simplifier. Parce qu'à la fin de la journée, ce qui compte, ce n'est pas d'avoir choisi le thème le plus original du catalogue, c'est juste d'avoir été là, ensemble, à écouter la même chose.