Moins de clics, plus d'histoires : pourquoi nous avons dit non aux badges et aux récompenses
Moins de clics, plus d'histoires : pourquoi nous avons dit non aux badges et aux récompenses
Il y a quelques semaines, j'observais mon fils de six ans terminer une session sur une application de dessin. À peine l'œuvre achevée, une explosion de confettis numériques a envahi l'écran, accompagnée d'un jingle triomphal et d'une fenêtre surgissante : « Félicitations ! Tu as gagné le badge de l'Artiste du Mardi ! Reviens demain pour débloquer le pinceau de feu ! »
Sur le moment, il a souri. Mais deux minutes plus tard, il ne me parlait plus de son dessin, ni du dragon qu'il venait d'inventer. Il me demandait combien de points il lui manquait pour avoir le « pinceau de feu ». L'étincelle de création s'était éteinte, remplacée par une petite obsession de collectionneur.
C’est une scène que beaucoup d’entre nous vivent quotidiennement. On veut offrir un moment de qualité à nos enfants, mais on finit par les voir happés par des mécaniques qui ressemblent plus à un travail à la chaîne qu’à un jeu.
Le piège de la carotte numérique
Chez Alba Time, au début, nous nous sommes posé la question. On nous disait : « Pour que les enfants reviennent, il faut de la gamification. Des niveaux, des points, des séries de jours consécutifs, des récompenses. C’est comme ça qu’on crée de l’engagement. »
C'est un mot qui fait peur, l'engagement. Dans le monde du logiciel, ça veut dire que l'utilisateur reste scotché. Mais dans la vraie vie d'un parent, est-ce qu'on veut vraiment que notre enfant soit « engagé » par une application comme on l'est par un réseau social ?
On a observé des familles utiliser Alba Time. On a vu ce moment précis où l'histoire se termine, ce silence un peu suspendu où l'enfant a encore les yeux fixés sur le plafond, la tête dans les nuages, en train d'imaginer la suite des aventures de son héros. C’est un moment fragile. Et on a compris qu’une notification de « niveau supérieur » ou un badge doré viendrait briser ce moment comme on allumerait brusquement la lumière en plein milieu d'un rêve.
Construire un refuge, pas une foire aux points
Alors, nous avons pris une décision qui va à l'encontre de toutes les règles du marketing d'application : nous avons renoncé à la gamification.
Nous n'avons pas construit Alba Time pour que vos enfants « gagnent » quelque chose. Nous l'avons construit pour qu'ils s'évadent.
Dans l'application, vous ne trouverez pas de barre de progression. Il n'y a pas de monnaie virtuelle à accumuler pour acheter des nouvelles voix ou des décors. Il n'y a pas de pression à revenir chaque jour pour ne pas perdre une « flamme » symbolique.
Pourquoi ? Parce que nous pensons que l'imaginaire se suffit à lui-même. L'histoire personnalisée que vous créez avec votre enfant est la seule récompense qui compte. Si un soir votre enfant n'a pas envie d'écouter d'histoire, c'est OK. S'il veut écouter la même dix fois de suite, c'est OK aussi. On ne veut pas que l'application dicte le rythme de votre foyer.
Ce que cela change dans votre salon
En enlevant ces artifices, on a remarqué quelque chose d'intéressant chez les familles qui testent l'application. Le rapport à l'écran change. L'application devient un simple outil, un pont vers l'audio, et non une destination en soi.
L'impact concret, c'est que la fin de l'histoire redevient un moment de transition douce vers le sommeil ou la discussion. On n'est pas dans la frustration de « ne pas avoir eu assez de points », on est dans le prolongement du récit.
On sait que ce n'est pas spectaculaire. On ne vous promet pas que votre enfant sera « accro » à Alba Time. On espère même le contraire : qu'il utilisera l'application juste le temps qu'il faut pour lancer son imaginaire, puis qu'il l'oubliera totalement pendant qu'il écoute la narration audio, les mains libres et l'esprit ailleurs.
On préfère mille fois un enfant qui nous dit « l'histoire était géniale » plutôt qu'un enfant qui nous demande « combien j'ai gagné de pièces ? ». C'est notre façon à nous de respecter leur temps de cerveau disponible, et surtout, leur droit de rêver sans être interrompus par un algorithme.