Albane, Castille et le Grand Marché Dansant de Langrolay
Il était une fois, dans la jolie maison de vacances de Langrolay, deux sœurs pleines d'énergie nommées Albane et Castille. Dehors, la pluie tambourinait doucement contre les carreaux, comme une petite musique de fond.
À l'intérieur, le salon était un vaste terrain de jeu coloré. Albane, du haut de ses sept ans, était assise en tailleur sur le tapis moelleux. Elle tenait un carnet à la main et mâchouillait le bout de son crayon, l'air très sérieux.
« Je vais écrire le spectacle du siècle ! » annonça-t-elle avec assurance.
Juste à côté d'elle, Castille, cinq ans, tournait sur elle-même comme une toupie. Elle portait un tutu rose fluo par-dessus son pyjama et essayait de faire le grand écart sans tomber.
« Et moi, je serai la danseuse étoile ! » s'écria Castille en terminant sa pirouette par une chute rigolote sur les fesses.
« Aïe ! » fit-elle en riant, se relevant aussitôt tel un petit ressort.
Albane leva les yeux de son précieux carnet. Elle ajusta ses lunettes imaginaires de grande réalisatrice.
« Pour un vrai spectacle, Castille, il nous faut un décor grandiose. Pas juste le tapis ! » expliqua Albane.
Les deux sœurs échangèrent un regard complice. Elles savaient exactement quoi faire. Il fallait transformer le salon en un immense marché de Villers-sur-Mer, mais avec une scène de danse au milieu.
« On va construire le Grand Chapiteau du Marché Dansant ! » proposa Castille en sautillant sur place.
L'aventure commença immédiatement. Les filles coururent dans toute la maison pour rassembler des matériaux de construction.
Elles revinrent les bras chargés de coussins du canapé, de couvertures douces et de piles de livres pour faire les murs. C'était une mission pour des architectes expertes.
« Je m'occupe des fondations avec les encyclopédies ! » déclara Albane en empilant de gros livres lourds.
Castille, elle, s'affairait à draper une couverture bleue pour imiter la mer de Villers. Elle tirait la langue, très concentrée, pour coincer le tissu sous un pied de chaise.
« Regarde Albane, c'est la marée haute ! » gloussa la plus jeune.
Tout se passait bien, jusqu'à l'étape cruciale : le toit du marché. Elles voulaient utiliser le grand drap blanc pour faire comme les parasols de la plage.
Albane monta sur un petit escabeau imaginaire – en fait, un pouf – pour accrocher le drap. Castille tenait l'autre bout, en équilibre sur une jambe comme un flamant rose.
« Tiens bon, Castille ! Ne bouge pas d'un poil ! » ordonna Albane, le bras tendu vers le lustre.
« Ça gratte le nez ! » geignit Castille, dont le nez frémissait dangereusement.
Et là, c'est le drame. Castille éternua si fort – « ATCHOUM ! » – qu'elle lâcha le drap.
Le mouvement brusque fit vaciller la pile de livres. Comme un château de cartes au ralenti, toute la structure commença à trembler.
« Oh non ! Sauve qui peut ! » hurla Albane en riant.
Dans un fracas de coussins mou et de couvertures, le Grand Chapiteau s'effondra sur les deux sœurs. Elles se retrouvèrent ensevelies sous une montagne de velours et de pages.
Pendant un instant, ce fut le silence. Puis, la tête ébouriffée de Castille émergea du tas de coussins. Ses yeux brillaient de larmes retenues.
« C'est tout cassé... On n'y arrivera jamais, c'est trop dur », murmura-t-elle, la voix tremblante.
Albane sortit à son tour, repoussant une couverture. Elle vit la déception de sa petite sœur. C'était le moment d'être une super grande sœur.
« Hé, Castille, regarde-moi, » dit Albane doucement en prenant la main de sa sœur.
« Les plus grands constructeurs de Langrolay ne lâchent jamais l'affaire ! » ajouta-t-elle avec un clin d'œil.
Castille renifla un coup. « Mais tout est par terre... »
« Justement ! Maintenant, on sait que les livres ne tiennent pas debout. On va essayer autre chose, » expliqua Albane avec optimisme.
Albane attrapa ses feutres et du papier. « On va dessiner le plan d'abord. On va faire des murs en chaises ! »
L'idée redonna le sourire à Castille. Ensemble, elles reprirent le travail, plus déterminées que jamais. Cette fois, elles communiquaient à chaque geste.
« Je tiens la chaise, tu mets le drap, » chuchota Castille, très appliquée.
Elles travaillèrent minutieusement, transformant l'échec en une leçon de patience. Albane montrait à Castille comment faire des nœuds solides.
Après de longues minutes d'efforts, le résultat était là. Une magnifique cabane-marché trônait au milieu du salon. Elle était solide, colorée et absolument parfaite.
« On l'a fait ! » s'exclama Castille, levant les bras en l'air. Elle se sentait forte comme un lion.
Il était temps pour le grand final. Albane installa les spectateurs : une armée de peluches et de poupées, toutes assises sagement en rang.
« Mesdames et Messieurs, bienvenue au spectacle ! » annonça Albane avec une voix théâtrale, utilisant une télécommande comme micro.
La musique commença. Castille entra en scène, gracieuse et fière. Elle dansait au milieu du décor qu'elles avaient construit ensemble.
Elle fit des sauts de chat et des toursbillon, sous les applaudissements imaginaires de la foule et les vrais « Bravos ! » d'Albane.
Ce n'était plus seulement un jeu. C'était la preuve qu'en persévérant, on pouvait créer des choses magiques.
Après le spectacle, les deux sœurs s'allongèrent à l'intérieur de leur cabane. Il y faisait chaud et doux, comme dans un cocon.
« Tu as vu comme c'est solide ? » chuchota Castille, les paupières lourdes.
« Oui, parce qu'on n'a rien lâché, » répondit Albane en baillant.
La fatigue de cette grande aventure commençait à se faire sentir. Leurs respirations devinrent plus lentes, plus calmes.
Dehors, la pluie avait cessé, laissant place au silence apaisant de la nuit à Langrolay.
Dans leur forteresse de coussins, Albane et Castille fermèrent les yeux. Elles rêvaient déjà de leurs prochaines constructions et de nouvelles danses.
La fierté d'avoir réussi réchauffait leur cœur mieux que n'importe quelle couette.
Et c'est ainsi que les deux sœurs, courageuses et complices, s'endormirent paisiblement, prêtes pour de nouvelles aventures demain.
Bonne nuit, Albane. Bonne nuit, Castille.