Eliott et le Bolide du Turbo-Calme

Il était une fois, dans une chambre remplie de jouets colorés, un petit garçon nommé Eliott. Ce soir-là, Eliott n'était pas un petit garçon ordinaire. Non, il s'était transformé en un véritable petit nuage d'orage.

Ses sourcils étaient froncés si fort qu'ils ressemblaient à deux petites chenilles en colère. Ses bras étaient croisés très serrés sur son pyjama à motifs de fusées. On aurait dit qu'il essayait de garder toute sa mauvaise humeur à l'intérieur pour ne pas qu'elle s'échappe.

« Je ne veux pas dormir ! » grogna Eliott.

« Je veux ma voiture électrique ! On devait aller au grand magasin bleu et jaune ! »

Sa maman entra doucement dans la chambre, un sourire patient aux lèvres. Elle voyait bien que son petit bonhomme était très contrarié.

« Je sais, mon chéri », répondit-elle d'une voix douce comme du coton.

« Mais c'est la nuit maintenant. Le magasin est fermé. »

Eliott poussa un soupir si long qu'il fit trembler les pages du livre posé sur sa table de nuit. Il sentait une boule de feu dans son ventre. C'était chaud, ça bouillonnait et ça lui donnait envie de crier très fort.

« C'est nul ! » s'écria-t-il en tapant ses talons contre le matelas.

Il avait l'impression que ses jambes étaient remplies de fourmis qui voulaient courir et sauter. Rester calme semblait être la chose la plus difficile du monde, plus difficile que de manger des brocolis sans grimacer.

« Écoute », chuchota sa maman en s'asseyant au bord du lit.

« Et si on prenait la voiture électrique... dans tes rêves ? »

Eliott ouvrit un œil, intéressé mais toujours bougon. Le silence s'installa dans la chambre, seulement troublé par le bruit du vent dehors.

« Comment ça ? » demanda-t-il, la curiosité piquant son nez.

« Ferme les yeux », proposa maman. « Imagine que ton lit est le plus rapide des bolides. »

Eliott hésita, puis ferma ses paupières. Soudain, quelque chose de magique se produisit.

Sous ses fesses, le matelas commença à vrombir doucement. « Vroum, vroum... » Ce n'était plus un lit, c'était un siège de pilote en cuir rouge brillant !

Le tapis de sa chambre s'étira et changea de couleur. Il devint une longue route grise avec des lignes blanches, qui serpentait à travers les murs.

Eliott attrapa son oreiller, qui s'était transformé en un volant magnifique avec des boutons qui clignotaient.

« Waouh ! » s'exclama Eliott, oubliant presque sa colère. « Je conduis ! »

Il appuya sur une pédale imaginaire et le lit-bolide s'élança. Il sortit de la chambre en traversant le mur comme s'il était fait de brume.

Dehors, le monde était incroyable. Les arbres ressemblaient à des lampes géantes et les montagnes avaient la forme de grosses boulettes de viande suédoises.

« Direction le magasin magique ! » cria Eliott joyeusement.

Il fonçait à toute allure, le vent caressant ses joues. C'était la sensation la plus agréable qu'il ait jamais ressentie.

Mais soudain, au détour d'un virage en forme de bibliothèque, tout s'arrêta. Un énorme escargot jaune, gros comme un camion, bloquait la route.

L’escargot portait une casquette bleue et avançait... très, très lentement.

« Oh non ! » s'écria Eliott. « Poussez-vous, Monsieur l'Escargot ! Je suis pressé ! »

Mais l'escargot ne bougea pas d'un pouce. Il continuait de glisser millimètre par millimètre.

La boule de feu dans le ventre d'Eliott se réveilla d'un coup. La colère revint, plus forte que jamais.

« Allez ! Avancez ! » hurla Eliott en klaxonnant sur son oreiller. « Pouet ! Pouet ! »

Il sentit ses joues devenir toutes chaudes, comme deux petites tomates mûres au soleil. Il avait envie de foncer dans l'escargot, de le pousser, de tout casser.

C'est alors que l'escargot tourna lentement sa grosse tête vers Eliott. Il avait des yeux ronds et paisibles.

« Bonjour, petit pilote », dit l'escargot d'une voix grave et lente. « Pourquoi es-tu tout rouge ? »

« Je veux passer ! » répondit Eliott en serrant les dents. « Ma voiture électrique veut rouler vite ! »

L'escargot sourit doucement. « Si tu restes en colère, ton moteur va surchauffer. Regarde, de la fumée sort de tes oreilles ! »

Eliott toucha ses oreilles. Elles étaient brûlantes ! Il se rendit compte qu'il était tellement tendu qu'il ne s'amusait plus du tout.

« Mais je ne sais pas comment m'arrêter d'être fâché ! » avoua Eliott, les larmes aux yeux. « Ça explose tout seul ! »

L'escargot s'approcha un peu. « Je vais t'apprendre le secret du Turbo-Calme. C'est plus puissant que ton moteur électrique. »

Eliott écouta attentivement. Il voulait connaître ce secret.

« Imagine que ton ventre est un ballon », expliqua l'escargot.

« Pose tes mains sur ton ventre », continua le guide baveux. « Maintenant, inspire grand par le nez en gonflant le ballon... Un, deux, trois... »

Eliott prit une grande inspiration. Il sentit l'air frais entrer dans son nez. Son ventre se gonfla contre ses mains.

« Et maintenant, souffle doucement par la bouche, comme si tu voulais refroidir ta soupe. Pschhhhh... »

Eliott souffla longtemps. « Pschhhhh... »

Il sentit ses épaules redescendre. La chaleur dans ses joues diminua un peu.

« Encore une fois », encouragea l'escargot. « On gonfle le ballon de calme... et on vide la colère. »

Eliott recommença. Inspire... Expire...

À chaque souffle, la boule de feu dans son ventre devenait plus petite. Elle se transformait en une petite lumière douce et tiède.

Ses sourcils, qui étaient des chenilles en colère, redevinrent des sourcils normaux. Ses mains desserrèrent le volant-oreiller.

« Ça va mieux ? » demanda l'escargot.

« Oui... » murmura Eliott, surpris. « Je me sens... léger. Comme un nuage blanc. »

« C'est ça, le vrai pouvoir », dit l'escargot avec un clin d'œil. « Quand on est calme, la route s'ouvre toujours. »

Et comme par magie, l'escargot rétrécit jusqu'à devenir tout petit pour laisser passer le lit-bolide.

Mais Eliott n'avait plus envie de foncer. Il avait envie de profiter du voyage. Il fit redémarrer son moteur doucement.

Le paysage changea. Le ciel devint d'un bleu nuit magnifique, constellé d'étoiles qui scintillaient comme les phares de milliers de voitures silencieuses.

Eliott conduisait maintenant sur une route faite de couettes moelleuses. La voiture électrique glissait sans bruit, bercée par les virages.

Il se sentait bien. Il savait que demain, il pourrait attendre patiemment pour aller au magasin. Il avait le secret du Turbo-Calme.

« Je vais me garer ici... » bâilla Eliott.

Il arrêta son bolide imaginaire dans un garage fait de nuages cotonneux. Tout était silencieux et paisible.

Doucement, le volant redevint un oreiller doux et frais. Le siège de pilote redevint son matelas accueillant.

Eliott sentit ses paupières devenir lourdes, très lourdes. La colère était partie très loin, derrière les montagnes de boulettes.

Sa maman était toujours là, caressant ses cheveux.

« Tu as fait un beau voyage ? » chuchota-t-elle.

« Oui... » souffla Eliott, la voix pâteuse. « J'ai appris le... Pschhh... »

Il prit une dernière grande inspiration calme, et son ventre se souleva doucement.

Eliott se laissa emporter par le sommeil, rêvant déjà de sa future voiture électrique, qui l'attendrait sagement jusqu'au lendemain.

Dans le silence de la chambre, on n'entendait plus que le rythme apaisé de sa respiration d'enfant sage.

Tout était calme. Tout était bien. Bonne nuit, petit pilote.