Pia et le Secret de la Nébuleuse Rouge
Dans sa chambre éclairée par une douce veilleuse bleue, Pia était très concentré.
Ce petit garçon de sept ans était un véritable expert de l'espace et des galaxies lointaines.
Ce soir, il était assis en tailleur sur son tapis moelleux, entouré de centaines de petites briques de construction.
« Plus que le réacteur principal, » chuchota Pia en tirant un peu la langue.
Il construisait la fusée la plus rapide de l'univers, la légendaire "Galouta X-12".
Autour de lui, les murs de sa chambre étaient couverts d'étoiles phosphorescentes qui brillaient doucement.
On entendait seulement le petit clic régulier des pièces en plastique qui s'emboîtaient.
Pia attrapa une pièce grise, très fragile, essentielle pour faire tenir l'aile droite.
Ses doigts tremblaient légèrement d'excitation car il touchait au but.
« Allez, rentre là-dedans... » murmura-t-il en retenant son souffle.
Tout devait être absolument parfait pour le grand décollage imaginaire de demain matin.
Il appuya doucement, puis un peu plus fort, pour fixer la pièce récalcitrante.
Soudain, un bruit sec et désagréable résonna : *CRAC !*
La pièce glissa, entraînant avec elle tout le flanc droit de la fusée.
Dans un fracas de plastique, la moitié de la magnifique "Galouta X-12" s'écroula sur le tapis.
Le silence revint brutalement dans la chambre, mais quelque chose avait changé.
Les joues de Pia devinrent instantanément aussi chaudes que la surface du soleil.
Une boule dure et brûlante se forma tout au fond de sa gorge.
Ses yeux se remplirent de larmes piquantes et ses poings se serrèrent très fort.
« Non ! C'est nul ! C'est trop nul ! » cria Pia en tapant du pied sur le sol.
Il sentit une envie irrésistible de prendre le reste de la fusée et de la lancer contre le mur.
La colère montait en lui comme une fusée qui décolle trop vite, sans contrôle.
Tout son corps était tendu, vibrant d'une énergie rouge et orageuse.
Soudain, une petite voix métallique et calme se fit entendre près de son oreiller.
« Bip-bop... Détection d'une surchauffe système. Alerte rouge activée. »
C'était Cosmo, son robot en peluche préféré, assis sagement sur le lit.
Dans l'imagination de Pia, Cosmo s'anima, clignotant de petites lumières apaisantes.
Pia regarda son robot, la respiration saccadée, le visage tout rouge.
« Ma fusée est cassée ! Tout est fichu ! Je déteste construire ! » hurla presque le petit garçon.
Cosmo sembla léviter doucement pour se poser à côté du tas de briques.
« La mission est compromise, Capitaine Pia ? » demanda le robot d'une voix douce.
« Oui ! Regarde ça ! » répondit Pia en pointant les débris avec colère.
Il attrapa une poignée de briques, prêt à les jeter loin de lui.
« Stop moteur ! » ordonna gentiment Cosmo en levant un bras en mousse.
Le robot continua : « Si tu lances les débris, ils seront perdus dans l'espace pour toujours. »
Pia hésita, sa main toujours levée, le cœur battant à toute vitesse.
« Mais j'ai trop de colère dans mon ventre, Cosmo ! Ça brûle ! » avoua Pia.
« C'est normal, Capitaine. C'est la Nébuleuse Rouge, » expliqua le robot sage.
« Elle brouille tes radars. Nous devons refroidir les réacteurs immédiatement. »
Pia baissa lentement la main, intrigué par la proposition de son copilote.
« Comment on fait ? » demanda-t-il, la voix encore tremblante d'énervement.
« Pose-toi ici. Nous allons activer la procédure de ventilation spatiale, » dit Cosmo.
Pia s'assit lourdement sur le tapis, croisant les bras, encore boudeur.
« Imagine que tu as une combinaison d'astronaute, » guida Cosmo.
« Inspire par le nez pour gonfler ta combinaison avec de l'oxygène frais. »
Pia prit une grande inspiration, sentant l'air entrer dans ses narines.
« Maintenant, souffle tout doucement par la bouche, comme pour propulser de la poussière d'étoile. »
Pia souffla longuement : « Pffffffffffff... »
« Encore, Capitaine. Inspire le calme bleu de l'espace... »
Pia ferma les yeux et imagina une belle lumière bleue qui entrait en lui.
« Et expire le nuage rouge de la colère... » continua le petit robot.
Pia souffla encore, sentant ses épaules redescendre doucement.
La boule dans sa gorge commençait à fondre, comme de la glace au soleil.
Ses mains, qui étaient des poings serrés, s'ouvrirent pour devenir souples.
« Bip-bop. Niveau de chaleur en baisse. Comment sont les radars ? » demanda Cosmo.
« C'est mieux... » soupira Pia, la voix beaucoup plus calme.
« Maintenant, Capitaine, utilise tes mots, pas tes cris. Que s'est-il passé ? »
Pia regarda les débris de sa fusée, mais sans la rage de tout à l'heure.
« J'étais triste parce que c'était difficile. Et je suis déçu qu'elle soit cassée. »
« C'est très frustrant, » valida Cosmo. « Mais les meilleurs ingénieurs réparent toujours. »
Pia prit Cosmo dans ses bras et le serra fort contre son cœur.
La chaleur de la colère avait laissé place à une fatigue douce et lourde.
« Tu crois qu'on pourra la réparer demain ? » demanda Pia en baillant.
« Affirmatif. Demain, tes batteries seront rechargées, et tes mains plus habiles. »
Pia se releva doucement et commença à ramasser les briques éparpillées.
Il ne les jeta pas. Il les rangea soigneusement dans leur bac transparent.
La chambre ne semblait plus rouge et orageuse, mais bleue et paisible.
Il grimpa dans son lit, tirant sa couette décorée de planètes jusqu'au menton.
Cosmo reprit sa place de gardien, assis contre l'oreiller moelleux.
Pia sentit ses paupières devenir aussi lourdes que des pierres de lune.
Il prit une dernière grande respiration, savourant le calme retrouvé.
« Bonne nuit, copilote Cosmo, » murmura Pia, les yeux déjà clos.
« Bonne nuit, Capitaine. Fin de transmission, » répondit le silence de la chambre.
Dehors, la lune veillait, et Pia s'endormit, prêt pour de nouveaux rêves galactiques.